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VOIR Magazine (Montreal)
April 12th, 2007 Issue
Se fondre dans le décor
by Nathalie Guimond

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La Fonderie Darling présente deux oeuvres inspirées par ce lieu même: un chantier réinventé par Jennifer Stillwell et une installation vidéo (Drift) de Risa Hatayama, en collaboration avec Mathieu Bouchard.

C'est beau, la Fonderie Darling. Pas étonnant que Quartier Éphémère ait déménagé ses pénates dans ce bâtiment, voué à la démolition à plus ou moins longue échéance.

En investissant des lieux vacants ou en friche industrielle par des projets in situ, Quartier Éphémère se donne pour mandat d'explorer des zones urbaines. Ses réflexions et ses recherches portent sur le rôle de l'art et la présence des artistes au coeur de la ville, en exposant des installations parfois à haute teneur technologique ou à facteur de risque important.

DES CAILLOUX ET DES CHAINES

C'est dans l'immense salle de la Fonderie, dont l'architecture de soutlen est à nu, que Jennifer Stillwell, originare de Winnipeg, a décidé de monter son projet, inspiré des désordres des chantiers de construction de la rue McGill.

L'oeuvre ressemble intentionnellement à un chantier plutôt fantasque: elle est composée de gravelle, de petite paniers de plastique verts contenant généralement bleuets et autres petits fruits et d'une très grande structure en toile d'araignée faite de câbles de métal. La gravelle est répartie en amoncellements et en petits monticules, et les paniers, remplis de cailloux, sont superposés ou juxtaposés pour former sur le sol des motifs rappelant de minuscules tours d'habitations, des égalisateurs de sons ou une série de composantes électroniques. Pendant plusieurs jours, Stillwell s'est concentrée sur la disposition de la pierraille en la fraitant par tarnisage. La structure de câbles métalliques, laissée ballante, est déturnée de sa fonction originellement porteuse. En captant la lumière, l'arrangement métallique dessine sur le sol des ombres qui changent en fonction de l'éclairage naturel qui le frappe. En un dernier temps, l'installation est accompagneée d'un élément vidéographique documentant les étape de production.

L'idée est donc de se promener dans cette oeuvre à lectures multiples, qui aborde la salle d'exposition aussi bien dans son aspect spatial que temporellement Ainsi, les petits paysages bruts et les structures architecturales s'imbriquent; les composantes se complètent et se font écho dans un jeu de contrastes entre leurs qualitités matérielles: flexibilité et rigidité, durée et précarité.

CONTEMPLATION AERIENNE

Jeune artiste d'origine japonaise, Risa Hatayama nous donne à voir un environnement vidéo et sonore interactif. Le spectateur est immergé dans un monde poétique insppiré de la célébre oeuvre de l'auteur Rainer Maria Milke, Sonnets à Orphée. Sept pièces vidéo, chcune accompagnée de bandes sonores ampliflées, sont présentées en boucle, chacune sur son téléviseur. Une huitième piste incorpore les sons ambiants de la salle, captés par des microphones. Abordées sur un ton méditatif, les images explorent des thèmes récurrents dans la démarche de l'artiste: la mort, l'amour, le temps et la mémoire.

Muni d'un casque d'êcoute sans fil (ne fonctionnant malheureusement pas encore lors de ma visite), le visiteur expérimente ce collage multi-sensoriel de manière personelle: son orientation et son mouvement dans l'espace déterminent l'intensité des sons qu'il entend, lui donnent l'impression de s'insérer dans les pensées ou les souvenirs intimes de quelqu'un, lui permettent d'appréhender l'oeuvre par l'imaginaire. Un oiseau en cage, une flamme mouvante, un torse qui respire, des magnolias bougeant doucement au vent...

Ces captations, tout en subtilité, constituent une trame narrative ouverte qui établit une interface faisant cohabiter le visible et l'invisible.